Debret revisité par les écoliers et les graffeurs

Le projet INSCRIRE crée par l’artiste Françoise Schein et mis en oeuvre par le producteur culturel Philippe Nothomb propose une relecture de l’œuvre de Debret aux enfants de plusieurs écoles municipales et à six graffeurs cariocas. Le projet en cours de montage sera inauguré dans la zone portuaire le 9 mars prochain.

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L’artiste Françoise Schein, présente son projet : INSCRIRE

"Point de vue nécessairement Humaniste au 21ème siècle

Nous vivons dans une société qui n’en peut plus. Notre responsabilité d’artiste est un engagement pour le futur, une obligation de voir, de penser, de regarder et de proposer des alternatives. Les artistes ne peuvent rester indifférents à l’évolution du monde actuel qui, malheureusement fait marche arrière.

Nous vivons un moment sociétal grave, la société n’en peut plus et le sois disant progrès, n’offre des privilèges qu’à de rares riches.

Aujourd’hui, avec les cassures et les fragmentations de nos sociétés explosées, il est nécessaire et même urgent de reproposer des idéaux, des exemples dans le sens de l’être positif d’une communauté en construction continue.

Le point de vue humaniste de mon travail, qu’il soit dans les sous-terrains des villes ou dans les quartiers en difficulté, reprend cette philosophie positive car je crois que tous les artistes sont toujours responsables des actes et des œuvres qu’ils produisent.

Il est fini le temps des disjonctions, des déconstructions, des contradictions et autres méthodes dites représentatives de notre post-modernité ; nous, les intellectuels et les artistes, nous avons trop habitué la société à trouver normal et intelligent toutes les formes de déliquescence et d’entropie.

Rien n’est jamais sans conséquence. On peut penser et agir comme les “déconstructivistes” en montrant une fragmentation à l’extrême des formes et des idées, on “représente” ainsi un processus en train de se dé-faire, mais par là même on ne “propose” rien, à cette société hors d’haleine et en demande de réelles solutions.

Les hommes et les femmes ont, de tous temps, eu besoin de “foi”. Foi en une société meilleure, foi en en un certain progrès, foi en l’avenir, foi en Soi, foi en l’Autre, une espèce de croyance abstraite dans les possibles. Candide de Voltaire nous l’a bien expliqué.

Ces idées exprimées de façon sûrement trop simple sont en tout cas sous-tendues d’une impression réelle, visible dans les couches les plus démunies de la société .

Aujourd’hui il est de notre devoir d’artiste de recomposer, reconstruire, repenser et surtout montrer qu’il existe des solutions positives efficaces.

L’oeil critique n’est plus suffisant. Il est même dépassé. Les temps sont aux propositions. Et mon travail sur les droits humains avec les jeunes de tous les pays propose une nouvelle - ou très ancienne - façon de penser le rapport entre l’art et la société.

Je n’arrêterai jamais de dire qu’aujourd’hui plus que jamais les artistes et les intellectuels ont un devoir éthique de proposer de nouveaux fondements si on ne veux pas voir le gouffre actuel entre les classes pauvres et les classes riches s’agrandir encore.

Il est temps. Il est grand temps. Si nous ne le faisons pas, qui d’autre le fera ? Les politiques ? Les religions fondamentalistes ? Les extrémistes et intégristes en tous genres ? Ceux là ont depuis longtemps compris que leurs clientèles étaient les populations abandonnées par les élites et les politiques.

Ce projet réalisé dans le Port de Rio de Janeiro qui présente « La vie des Noirs – esclaves - au temps de Jean Baptiste Debret », mis en perspective avec les questions de droits fondamentaux tels que conçus actuellement, pensés par de jeunes élèves des écoles de la ville, s’inscrit dans ce cadre d’idée car il m’est apparu nécessaire et utile de parler du présent, tout en revisitant l’histoire du Brésil.

Et pour accorder cette idée avec la production même de l’œuvre, j’ai souhaité présenter le travail du fameux peintre français du 18ème siècle, au travers d’une revisitation par 6 grafitistes cariocas - Gil, Afa, Lya, Ral, Aira et Meton – afin qu’ils nous montrent avec leur propres talent et lecture de ce passé, et de manière monumentale, la grande qualité du travail de Debret.

Et finalement, il est important de savoir que le travail sur les droits humains créé par les jeunes élèves des écoles qui est installé sur les colonnes blanches entre chaque graffiti, ce travail fait partie d’un projet permanent et continu que je mène à Rio depuis 2003 avec l’équipe de l’Association Inscrire et qui se nomme : « Inscrire les droits fondamentaux dans 1001 écoles de Rio de Janeiro. »

Juxtaposer les droits humains et la situation des esclaves au temps de Debret, se veut être un regard aiguisé sur le monde contemporain."

Texte de Françoise Schein, Port au Prince, le 21 février 2017

Biographie de l’artiste Françoise Schein

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De la Concorde à l’Utopie, de Paris à Rio de Janeiro.

Artiste plasticienne et architecte , je suis parisienne de choix ayant décidé de vivre à Paris mais je suis aussi une maman carioca ayant adopté ma fille Lohana à Rio de Janeiro. Ces deux villes forment le cœur de ma vie et j’aime les parcourir et les regarder avec la même attirance et admiration ; Pour moi, Paris–Rio, n’est qu’une seule ville

C’est à Paris en 1989, que j’ai créé ma première œuvre importante : elle est située Place de la Concorde, sous la terre de Paris, dans la station de métro Concorde, lieu parisien le plus symbolique de la Révolution Française. C’est là que j’ai installé de manière monumentale, publique et pérenne, le texte de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, car c’est là et à ce moment que s’est tournée une page fondamentale de l’histoire du monde.

Depuis cette date et avec la profonde conviction que la question des droits humains reste éternellement à refonder, j’ai créé dans les grandes villes du monde une série d’œuvres publiques sur ce thème, notamment à Rio, le grand panneau COPACABANA de 200 mètres carré à la station de métro Siquiera Campos. La place bleue et verte à l’entrée de Vidigal a, jusqu’ici été l’autre œuvre monumentale que j’y ai réalisée. Mais il y aussi près d’une trentaine d’œuvres disséminées dans toute la ville de Rio allant de Parque da Cidade à Campo Grande, Bangu à Caju, et du Centro à Maria de Graça.

La liste est longue et toujours inachevée des 1001 œuvres que nous avons imaginé créer à Rio de Janeiro avec l’émanation de l’Assiciatioon INSCRIRE Loi 1901 que j’ai mise sur pied à Paris : a Associação INSCRIRE Brasil, depuis l’an 2000. Une véritable Utopie que d’offrir à chaque enfant carioca le temps de réfléchir sur les droits humains et d’en faire un dessin pérenne, celui qu’il reviendra voir avec ses propres enfants plus tard dans sa vie.

J’ai l’utopie de croire que s’asseoir auprès d’un enfant et lui expliquer ce qu’est un monde beau et bon ou règne le bonheur et la solidarité est une tâche à faire et refaire en permanence partout. Que chacun de nous devrait participer à cette tâche simple qui commence à l’école et que cette action est la seule manière de réaliser cette Utopie initiée à la Concorde.

Concorder est un verbe, pas seulement un nom commun. Oui nous pouvons concorder, nous pouvons nous diriger vers le même but, tous ensemble si nous le souhaitons. Nous pouvons aussi « correspondre, coïncider, recouper, convenir, cadrer, harmoniser » nous disent les synonymes. Mais je crois qu’ en 2017, nous devons commencer à vraiment « Utopier ».

Cette Utopie, je l’ai commencée avec l’œuvre construite à Paris et elle se continue aujourd’hui à Rio, dans l’Armazém da Utopia, avec l’œuvre participative qui réunit 7 graffeurs cariocas et plus de 200 enfants de la Zona Norte de Rio de Janeiro.
La France et le Brésil sont les deux pays qui ont soutenu mon travail de manière fondamentale, par l’ouverture que j’y ai reçue pour y « Utopier » et réaliser mes idées.

Dès mon arrivée à Paris, (je venais de New York) j’ai pu, comme récente immigrée méconnue, construire la station Concorde avec la RATP, le métro de parisien.
La confiance qui m’a été accordée par les autorités françaises a été la même que celle que j’ai reçue des autorités brésiliennes (le métro et les différents département de la Ville de Rio) pour développer mes singuliers projets qui rallient par l’art, des villes, des métros, des droits humains, des enfants et des habitants de quartiers défavorisés. Rio m’a permis d’inventer une méthodologie de travail complètement unique qui traversent des champs de recherche très différents : aller se faire rencontrer un métro, des graffeurs, des écoles primaires et secondaires et le port d’une ville autour de l’histoire de l’esclavage et d’un artiste français du 18ème siècle comme Jean Baptiste Debret, cette rencontre ne peut que se faire qu’ici à Rio de Janeiro au Brésil !

Paris-Rio a toujours été mon laboratoire de recherche pour « Utopier » , la Concorde entre les êtres et construire une société meilleure.

Les institutions françaises qui m’ont aidées sont les suivantes et je les en remercie vivement :
La Ville de Paris, la Préfecture de la Région Île de France , la RATP, métro parisien, La Fondation de France, la Fondation La Ferthé, La Fondation La Valinière, la Villa Médici, Culture France, L’ambassade de France au Brésil, le Consulat de France à rio de Janeiro, le Haut Conseil à la Coopération Internationale, le Conseil général du Calvados, la Fondation Carrefour Solidarité, La CFDT, La Fondation Un monde par Tous, Fonds du CUCS et de la CAF Calvados, la Ville de Paris DPVI, le Label Paris Europe, la Ville des Mureaux, diverses sociétés de logements sociaux , toutes les écoles françaises où j’ai travaillé, le programme APD de l’Union Européenne, le Cucs, la Caf,…

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publié le 24/02/2017

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