Ilda Santiago, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

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La Directrice du Festival International de Films de Rio, Ilda Santiago, a reçu mercredi 5 décembre, les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, au cours d’une cérémonie au Consulat général de France à Rio de Janeiro.

L’interview d’Ilda Santiago, le jour de la cérémonie :

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Cet honneur attribué par le Ministère de la Culture et de la Communication récompense les personnes qui se sont distinguées pour leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou pour leur contribution au développement des arts et des lettres en France et dans le monde. Les insignes ont été remis par le Consul général, Jean-Claude Moyret.

Près de 200 invités ont participé à cette soirée, qui comptait sur la présence de personnalités du cinéma brésilien, telles que le critique Alberto Shatovski, le cinéaste Caca Diegues, le styliste Gilson Martins, le producteur Nelson Honnif et la cinéaste Ana-Maria Magalhães.

Discours à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier des Arts et des Lettres

à Mme Ilda Santiago

Mercredi 5 décembre 2012


Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre hommage à une personnalité attachante et centrale du milieu brésilien et international du cinéma, Ilda Santiago.

Ilda est issue d’une famille portugaise émigrée il n’y a pas très longtemps au Brésil. Elle est la première génération de cette famille née au Brésil.
Si le milieu familial de Ilda est plutôt commerçant, il est ouvert aux arts et, dès son enfance, Ilda est fascinée par la littérature et la musique qu’elle avale, déjà, de façon boulimique (musique classique, MPB, jazz…).

Elle est très sérieuse à l’école ; elle est surnommée avec une expression très particulière : CDF. Elle rentre à l’Université fédérale Fluminense (UFF) dans la section journalisme. Rapidement, elle découvre un nouveau pôle d’intérêt : le cinéma. Elle participe à la vie d’un ciné-club universitaire.

Elle approfondit sa connaissance de la langue française aux Etats-Unis, lors d’un échange scolaire, et se souvient avec émotion de sa professeur de français d’alors.
Elle poursuit ensuite ses études de français dans le réseau des Alliances françaises. Il est à noter qu’elle a apprécié l’action de l’Alliance française du Méier, qui utilisait beaucoup le cinéma.

Diplômée en 1982, section "journalisme et cinéma", elle se consacre alors avec un petit groupe d’amis à lancer une salle, puis un circuit de cinéma Art et Essai : le système Estação.

En 1985, elle ouvre la première salle à Botafogo dans un lieu auparavant consacré au kung-fu. Le premier film projeté est français : "Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000", un film un peu hippie et "68".
Ilda et ses partenaires diffusent alors un cinéma de répertoire, avec l’aide entre autres de la cinémathèque de la Maison de France. Le réseau s’étoffe progressivement à d’autres salles de diffusion avec une programmation partagée entre les classiques du répertoire et des œuvres plus confidentielles. La collaboration avec le réseau commercial Gaumont, très important à l’époque, est à souligner.

En 1989, Ilda se lance dans l’élaboration et la réalisation d’un festival de cinéma à Rio, un projet qui connaîtra trois étapes : la Mostra Banco Nacional, la Mostra Rio et enfin le Festival de Rio.

La mission centrale de ces trois festivals peut se résumer par deux idées :
- présenter la diversité du cinéma mondial, montrer les différences des cinématographies ;
- présenter le plus grand nombre possible de films ; On voit ici réapparaître un trait du caractère d’Ilda : la boulimie. Toujours plus de films, jamais assez de films.

Si l’entreprise est difficile, elle bénéficie de quelques partenaires fidèles : la Ville de Rio, Petrobras, BNDES, Oi en sont les principaux.
Son énergie et ses soutiens lui permettent de maintenir et de développer le Festival depuis 25 ans.

Quand on demande à Ilda de revenir sur ce riche passé, elle dit que son meilleur souvenir est d’avoir réuni la même année Helen Mirren, Hanna Schygulla, Stephen Frears et Peter Greenaway.
Son pire souvenir est l’annulation de la visite de Jean-Luc Godard. Mauvais souvenir aussi que la crise financière que rencontre le groupe Estação, il y a peu de temps. L’intervention particulièrement utile du SESC a heureusement permis de maintenir l’exploitation du réseau de distribution, qui compte aujourd’hui 16 écrans.

Parlons maintenant des relations privilégiées d’Ilda Santiago avec la France et son grand festival de cinéma, le Festival de Cannes.
C’est à Cannes qu’Ilda va découvrir pour la première fois en 1990 la diversité des cinématographies mondiales. Ce qui la fascine dans ce festival, c’est la possibilité de voir des films du monde entier, des films qu’on ne pourrait jamais voir en dehors de Cannes.

La seconde caractéristique de Cannes, c’est la passion. Certes, le cinéma est une activité économique qui doit trouver son équilibre. Mais c’est aussi un monde de fous de cinéma, de passionnés. Ilda, qui en fait partie, peut rencontrer à Cannes les plus grands fous de cinéma de la planète. Elle noue ainsi des contacts extraordinaires qui lui garantissent un formidable réseau d’adresses.

Elle nous raconte que c’est Cannes, avec son foisonnement de contacts, qui l’oblige à perfectionner son français désormais de tout premier ordre.
Les organisateurs du Festival ont évidemment repéré Ilda. C’est pour cela qu’elle devient la correspondante du Festival pour le Brésil.

C’est elle qui alerte les responsables de la programmation du Festival sur tous les nouveaux réalisateurs, sur tout ce qui peut se passer d’intéressant ici au Brésil.

Devant autant d’activités consacrées au septième art, on peut se demander si Ilda vit une vie en dehors du cinéma. Elle le dit elle-même : le cinéma mange la vie, il devient la vie même.
Elle dit aussi que le cinéma permet de mieux connaître les pays étrangers que ne le permet le voyage. Un voyage laisse une impression superficielle tandis qu’un film de qualité est une fantastique ouverture sur une société véritablement radiographiée par le cinéma.

Ilda dit qu’elle a le temps de continuer à faire et à écouter de la musique. Mais si on lui demande ce qu’elle a fait dans le domaine musical, elle vous répond qu’elle a doublé les chansons de Catherine Deneuve, dans "Peau d’Ane" ! Encore et toujours le cinéma.

Malgré cette gloutonnerie de cinéma, Ilda a réussi à se marier et même à garder son mari, ainsi qu’à avoir un fils qui malheureusement, entre guillemets, semble de plus en plus intéressé par le cinéma. Echappera-t-il à la fascination du grand écran ? Se découvrira-t-il à son tour une passion pour le cinéma, allant de la Nouvelle Vague française (Godard, Truffaut, Rohmer, tant de fois montrés par Ilda) et rejoignant la Nouvelle Vague brésilienne (Laís Bodansky, Beto Brant ou Anna Muylaert, pour citer certains des cinéastes actuels préférés d’Ilda) ?

Ilda Santiago,

Pour votre action passionnée au profit du cinéma de qualité,
Pour votre action en faveur de la distribution diversifiée des cinématographies mondiales,
Pour votre promotion du cinéma français et brésilien,
Pour votre rôle de pont entre les milieux français et brésiliens du cinéma,
J’ai l’honneur de vous remettre, au nom de la Ministre française de la Culture et de la Communication, les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

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Ilda Santiago et le Consul Général, Jean-Claude Moyret

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Ilda Santiago et Gilson Martins

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Claude Amaral Peixoto et Ilda Santiago

publié le 22/03/2013

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