Un travail d’orfèvre pour l’orgue de l’Antiga Sé

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Depuis plus de cinquante ans, l’orgue de la chapelle royale de l’Antiga Sé ne résonnait plus entre les murs rococos du superbe édifice. Un silence rompu depuis peu grâce au travail méticuleux et chevronné du compagnon Daniel Birouste et de son équipe de passionnés.
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Daniel Birouste, Bertrand Lazerme, Mickael Fourcade et l’équipe de restauration de l’orgue de l’Antiga Sé

Quand un facteur d’orgue français pose ses outils à Rio

Cette ancienne cathédrale Notre Dame du Mont Carmel, connue aujourd’hui comme Antiga Sé, achevée à la fin du XVIIIème siècle, dans le plus pur style baroque, est un bijou architectural du patrimoine carioca. L’orgue d’origine ibérique, importé par la famille royale à son arrivée au Brésil, avait été restauré en 1920 par le cardinal Arcoverde, qui avait alors fait l’acquisition d’un buffet de manufacture allemande. Le travail d’entretien de l’instrument a été interrompu dans les années 1950 avec la mort du dernier facteur d’orgue brésilien. Au fil des ans, les termites ont eu raison de ce chef d’oeuvre qui semblait voué à la poussière. Pourtant, suite aux travaux de restauration de l’église, le Cardinal Primat du Brésil Dom Lucas Moreira Neves sollicite le facteur d’orgue, Daniel Birouste. "Il souhaitait restaurer un orgue ici et aussi créer une formation à ce métier au Brésil", se souvient Daniel. En 2008, le projet est accepté par la Banque nationale de Développement Économique et Social (BNDES) et admis à la Loi Rouanet d’encouragement fiscal. En 2011, les fonds sont réunis, le chantier peut démarrer.
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Autour du clavier provisoire, les outils éparpillés des artisans

Une rénovation méticuleuse

Foulant avec précaution les copeaux de bois de son atelier, perché au dernier étage de l’église, Daniel Birouste détaille : "Nous souhaitons avant tout utiliser des matériaux locaux, du bois brésilien : curupixa, freijo, cedro... Son regard se perd entre les planches déposées avec précaution autour de lui. Ce spécialiste de la facture d’orgue est bien loin de son village de Plaisance-du-Gers, lieu où il a construit en 1979 son chef d’oeuvre de compagnon, un grand orgue de 43 jeux, et son atelier où il forme ses collaborateurs à toutes les spécialités du métier, du dessin du buffet à l’harmonisation. Une carrière consacrée en 1990 lorsqu’il remporte un concours international auprès de la ville de Paris et se charge de la construction du nouvel orgue de Saint-Pierre de Chaillot. Ce Maître Artisan, Chevalier des Arts et des Lettres et Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, serpente tranquillement entre les établis et s’enorgueillit d’un seul fait d’arme : "nous avons aujourd’hui reconstitué la voix que le roi Jean VI a connu". Un tel travail ne pourrait être l’oeuvre d’un seul homme, une équipe entière a suivi l’aventure : Bertrand Lazerme, le complice de longue date, musicologue associé à l’atelier de Plaisance-du-Gers, mais aussi trois jeunes apprentis, issus du centre de formation professionnel de Rio (Senai).

Le début d’un centre de formation au métier de facteur d’orgue ?

Fabiano Rodrigues, l’un des trois apprentis affronte deux heures de transports quotidien pour venir rejoindre le chantier, pourtant son enthousiasme est clair : "Je n’avais aucune idée de ce que signifiait un travail de facteur d’orgue, mais j’ai appris peu à peu auprès de Daniel et maintenant je voudrais passer le reste de ma vie à exercer ce métier, que ce soit au Brésil ou dans toute l’Amérique latine, les possibilités sont énormes." Énormes en effet, puisque qu’aucune formation à la facture d’orgue n’existe au Brésil, une carence qui pourrait prendre fin après le chantier de l’Antiga Sé. "Notre objectif, avoue Daniel, est évidemment de poursuivre le travail au Brésil. D’autres chantiers seraient possibles dans le nordeste (voir http://recife.ambafrance-br.org/Mission-a-Recife-et-Olinda-de-deux) et nous souhaiterions pouvoir encore soutenir ces apprentis, pour les voir peu à peu prendre leur indépendance et former eux-même de nouveaux professionnels." Il ajoute dans un sourire, "ces jeunes travailleurs sont issus de communautés défavorisées et je suis heureux de voir que cet orgue ne sera pas l’exclusivité d’une élite".

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Marcelo Muniz, recruté au Centre de formation professionnel Senai, s’initie au métier de facteur d’orgue

L’expérience de l’orgue sensoriel

Si la structure acoustique de l’orgue a été restaurée dans la plus pure tradition, l’équipe n’a pas renié la technologie la plus pointue pour la transmission numérique. Dans ce domaine, c’est Mickael Fourcade qui prend les commandes : "la numérisation permet de s’écouter et de suivre l’évolution de la pratique des musiciens". Ce jeune facteur d’orgue de l’atelier de Plaisance-du-Gers est également l’inventeur de l’orgue sensoriel. Un instrument de musique original qui permet de s’adapter aux capacités gestuelles particulières des personnes handicapées pour les traduire en musique. Une technologie de pointe qui fait déjà l’objet de nombreuses études thérapeutiques en Europe et qui sera mise en place pour la première fois à l’Antiga Sé.
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L’association Orgue Sensoriel offre la musique aux porteurs de handicap (crédit Orgue Sensoriel)

L’orgue de l’Antiga Sé inauguré en avril dernier par Dom Orani et présenté officiellement au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse, promet de résonner haut et fort au Brésil.

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publié le 28/07/2014

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